Jean Reboul : les 230 ans du poète-boulanger nîmois

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Publié le 18 janvier 2026 Article

Par Julien Ségura


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En 1876, une statue œuvre d’Auguste Bosc a été érigée à l’entrée est des Jardins de la Fontaine avec un bas-relief évoquant L’Ange et l’Enfant, le poème le plus célèbre du poète-boulanger.

Jean Reboul est né en janvier 1796. Resté toute sa vie fidèle à son fournil de Nîmes, il a côtoyé les plus grands, de Lamartine à Chateaubriand en passant par Alexandre Dumas jusqu’au jeune Frédéric Mistral, qu’il encourage. Portrait

En 1830, Alphonse Lamartine, figure du romantisme, qui n’est pas encore député, écrit La gloire dans l’obscurité. Un poème dédié au Nîmois Jean Reboul, qui est une allusion à la poésie modeste, née loin des feux de la renommée, mais capable de toucher l’âme. Artisan-poète, Reboul incarnait en effet cette évidence que la profondeur d’une œuvre ne dépend ni du rang ni du décor, et c’est ce qui lui valut d’inspirer toute une génération, de Chateaubriand à Mistral. 

Né le 23 janvier 1796  à Nîmes, fils d’un serrurier, Jean Reboul doit interrompre ses études de clerc d’avoué après la mort de son père. Une disparition laissant dans le besoin une veuve et quatre enfants. Pour subvenir aux besoins de la famille, Reboul sera donc boulanger, un métier qu’il exerce toute sa vie dans une boutique proche des arènes, rue Carreterie (qui devient la rue Jean-Reboul l’année de sa mort en 1864). C’est de cette trajectoire modeste, entre pétrin et poésie, que lui vient évidemment le surnom de “poète-boulanger”.

Chateaubriand

Cette double identité fascine alors les élites littéraires du XIXe siècle, qui voient en lui la preuve qu’un ouvrier peut rivaliser, plume en main, avec les écrivains de salon. Chateaubriand lui-même reconnaît en Reboul un véritable auteur, allant jusqu’à saluer la puissance de son inspiration après l’avoir rencontré dans sa boulangerie nîmoise en 1838. “Je me méfiais de ces ouvriers-poètes, qui ne sont ordinairement ni poètes ni ouvriers. Réparation à M. Reboul. (…) Il m’a mené dans son magasin (…) J’étais heureux, comme dans mon grenier à Londres, et plus heureux que dans mon fauteuil de ministre à Paris. M. Reboul a tiré d’une commode un manuscrit et m’a lu des vers énergiques d’un poème qu’il a composé sur le Dernier Jour. Je l’ai félicité de son talent”, écrit Chateaubriand dans son classique Mémoires d'Outre-Tombe. 

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En 1866, l’évêque de Nîmes Mgr Plantier fit placer sur la façade de la maison du poète, au 18 rue Jean-Reboul, un médaillon commémoratif représentant le poète de profil et avec ce texte : "À Jean Reboul, par Henri Plantier, évêque, en l’année 1866."

Dumas

Fervent catholique, royaliste qui devient député lors des élections en 1848, Reboul est nourri par Corneille, Racine et, bien sûr, Victor Hugo, les Latins et les Grecs. Recommandé par l’une des grandes figures du Romantisme, Charles Nodier, il attire également l’attention d’Alexandre Dumas.

« Parmi les choses que je venais visiter à Nîmes, une des plus curieuses pour moi était sans contredit son poète ; ma première visite, en arrivant à Nîmes, fut donc à M. Reboul. (…) « Nous voilà — me dit Reboul — séparés du monde matériel ; à nous maintenant le monde des illusions. Ceci est le sanctuaire. (…) Quand il me lut ses vers (…), je vis en lui une grande conviction intérieure se manifester. (…) Nous passâmes ainsi quatre heures, lui me versant de la poésie à flots, et moi disant toujours : “Encore !” », raconte l’auteur des Trois Mousquetaires dans la préface de l’ouvrage Poésies par Jean Reboul de Nîmes (1836). 

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Jean Reboul photographié par Antoine Crespon (1825 – 1893), pionnier de la photographie. Ce dernier avait installé son atelier sur l’avenue Feuchères. Une photo qui aurait été prise vers 1860, soit quatre ans avant la mort du poète.

Mistral

Si Reboul est reconnu par ses pairs, il reste avant tout nîmois dans l’âme. Membre de l’Académie du Gard, dont il est le président en 1835, il ne s’intéresse que tardivement à la langue d’oc et se rapproche du Félibrige. « Au début des années 1850, il encourage le jeune Mistral , déjà au travail sur Mireille, son long poème en provençal. Quelques années plus tard, ayant ses entrées dans les cercles littéraires parisiens, Reboul introduit son poulain auprès de Lamartine », résume Daniel-Jean Valade, membre de l’Académie de Nîmes et Adjoint à la Culture. Lamartine voit en lui un « Homère du Midi  » et consacre à Mireille l’une de ses célèbres critiques littéraires. 

Mais c’est à Nîmes que Mireille est entendue pour la première fois. À la demande du père Emmanuel d’Alzon , Reboul exhorte Mistral à venir lire quelques vers lors d’une soirée de charité pour les orphelins de l’Assomption de Saint-Vincent-de-Paul. Le 12  mars 1859, le poète provençal se retrouve à l’Hôtel de Ville devant un public nombreux. Une nuit mémorable : l’écrivain Roumanille y salue Reboul comme « l’honneur et la gloire de Nîmes, le noble père des Félibres », tandis que Reboul, 63 ans, porte un toast au poème de Mistral  : «Je bois à Mireille, le plus beau miroir où se soit jamais mirée la Provence.» 

Cinq ans après cette soirée, Reboul meurt à Nîmes le 28 mai 1864 à l’âge de 68 ans. Le 31 mai, ses obsèques sont célébrées en grande pompe. Il est inhumé au cimetière Saint-Baudile.