Les bibliothèques de Nîmes sont gratuites : à vous la parole
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A l’occasion de la mise en place de la gratuité des bibliothèques municipales, le 1er septembre, Vivre Nîmes est parti à la rencontre de leurs usagers. Lecteurs fidèles, étudiants, enseignants, professionnels… Ils ont des âges, des parcours et des usages différents, mais tous partagent un même attachement aux bibliothèques municipales.
Ahmed Bougrine : "Ça m’a permis de découvrir le monde"
Ahmed Bougrine est arrivé en France, et à Nîmes, voilà plus de 40 ans, avec ses parents marocains. À Pissevin, où il a grandi, il a connu l’ouverture de la médiathèque Marc-Bernard.
“C’était quelque chose de fantastique de l’avoir dans le quartier, avec des personnes qui y faisaient un travail extraordinaire, qui étaient là pour nous accompagner, malgré la barrière de la langue, se souvient le quinquagénaire. J’y allais deux ou trois fois par semaine, parfois tous les jours. Avoir tous ces livres à disposition, d’abord des ouvrages pour enfants, des BD, puis les journaux et les magazines, et la littérature, ça m’a permis de découvrir le monde.”
Une habitude qui n’a jamais cessé : Ahmed continue de fréquenter régulièrement les bibliothèques de la Ville, Carré d’art notamment, où il emmène désormais ses enfants. “La bibliothèque, c’est un lieu où on s’instruit et où, moi, j’ai beaucoup travaillé pour mes études. Je veux qu’ils connaissent, comme moi, ce plaisir d’apprendre, pas seulement à l’école.”
Max Loudun : “Ici, il y a vraiment beaucoup de choix”
Max, 10 ans, est un habitué de l’espace jeunesse de Carré d’art, où, avec sa mère et son petit frère Jacques, 5 ans, il vient environ deux fois par mois. “Ici, il y a vraiment beaucoup de choix, se réjouit ce fan de BD, qui vient d’entrer en CM2. On emprunte beaucoup de livres, et on vient en chercher d’autres dès qu’on les a finis. Je lis le soir, pendant que papa ou maman font à manger. C’est mieux que regarder la télé : au moins, ça n’explose pas les neurones…”
Florian Messador : “Comme dans une bulle”
Il connaît bien les lieux, il les fréquente depuis tout petit. “Mon usage a évolué, raconte Florian Messador, 25 ans. Quand j’étais petit, j’allais beaucoup à la médiathèque jeunesse, à l’étage. J’y ai lu énormément de livres jeunesse, puis de bandes dessinées, ensuite, pendant mon adolescence. Depuis quelques années, je viens surtout à Carré d’art pour travailler : comme je suis beaucoup en télétravail, c’est un lieu où je peux bosser en dehors de chez moi. Je le faisais déjà lorsque j’étais au lycée. J’utilise les espaces où on peut être vraiment au calme, où il fait frais, notamment l’été. On peut s’installer plusieurs heures, être un peu comme dans une bulle.”
Parfois, il s’accorde aussi une pause, le temps de lire une BD sur place, avant de se remettre au travail. À la maison, il se plonge plutôt dans des romans, ou de la poésie. “La lecture, c’est une parenthèse, une forme d’évasion. Mais je n’ai plus de carte : j’attends septembre, et la gratuité, pour me réinscrire. Comme ça, je pourrai emprunter des livres, au lieu de les acheter. C’est une économie. Et puis je suis sensible aux questions d’écologie. C’est aussi une manière de réduire les achats en faisant circuler les livres. J’espère que la gratuité va encourager les personnes qui ne viennent jamais à franchir la porte de la bibliothèque.”
Marie-Laure Vernet : “Un héritage commun”
“Grande lectrice” depuis son adolescence, Marie-Laure Vernet enseigne les arts plastiques et le cinéma, en lycée et en classe prépa. À Carré d’art, où elle vient chaque semaine, elle utilise des espaces très précis. “J’ai un usage à la fois personnel mais aussi professionnel des lieux. Je travaille souvent dans la salle Séguier ainsi que dans le centre de documentation situé en sous-sol, consacré à la culture artistique contemporaine. C’est un lieu de calme et de concentration. J’ai besoin de cette ambiance. J’aime travailler entourée de livres. Je fréquente également le musée d’art contemporain. J’y emmène mes élèves à chaque exposition.”
Elle vient à la bibliothèque pour préparer ses cours, approfondir ses recherches grâce aux ressources d’un fonds documentaire quasi inépuisable. “Je transmets cette culture auprès de lycéens, d’étudiants et également auprès de futurs enseignants que je forme. C’est pour cela que je suis ravie de la gratuité. L’accès à la culture et à l’art est essentiel, il est fondamental que les jeunes puissent accéder gratuitement et sereinement au patrimoine : ces ressources constituent un héritage commun. C’est ce patrimoine que nous transmettons de génération en génération. C’est précisément le cœur de mon métier. Je suis une passeuse d’art et de culture.”
Fabrice Thibaud : “Carré d’art est un grand village”
Installé à Nîmes depuis quinze ans, Fabrice Thibaud, 43 ans, est responsable du rayon cinéma de fiction, séries et films d’animation adultes à Carré d’art. Titulaire d’une licence Arts du spectacle et d’un DUT Métiers du livre, il sélectionne les nouveautés en fonction de l’actualité, des demandes des usagers, mais aussi de ses propres découvertes. Commander les films, les classer, les mettre en valeur et conseiller le public rythment son quotidien.
“Ce que je préfère, c’est le lien que nous avons avec les usagers de la bibliothèque. Recommander des films, en discuter.” Un échange qui se construit au fil du temps. “Au final, si Carré d’art est une grosse machine, c’est aussi un petit village. Nous retrouvons beaucoup d’habitués. C’est aussi un endroit où les gens osent tester des choses, emprunter des films qu’ils n’auraient peut-être jamais regardés, simplement parce que c’est gratuit.”
Marion Mossan : “La bibliothèque rend les gens heureux”
Originaire de Bourgogne, Marion Mossan, 34 ans, est cheffe du pôle lecture publique à Carré d’art. Arrivée à Nîmes en 2019, après un master en Histoire du livre et la réussite du concours de conservatrice, elle pilote aujourd’hui une équipe d’une quarantaine de personnes. Sa mission : permettre à chacun d’accéder à la lecture et aux ressources de la bibliothèque, en imaginant des projets et des événements qui s’adressent à tous les publics, qu’ils soient familiers des livres ou non.
"La bibliothèque, pour moi, est un lieu qui rend les gens heureux, qui crée du lien. C’est un service public essentiel. Ça m’émerveille toujours de voir un lieu totalement gratuit,
ouvert à tous. C’est unique !" Derrière cette vocation, se cache aussi une importante organisation. “Carré d’art, c’est une énorme machine, avec une logistique très importante. Mais, au fond, notre mission reste culturelle, sociale et éducative : donner à chacun l’envie de pousser la porte d’une bibliothèque.”
Stéphanie Baratou : “Une bouffée d’oxygène pour les résidents”
À Serre-Cavalier, les livres ne sont jamais de simples livres. Ils sont des prétextes à la rencontre. C’est cette conviction qui anime Stéphanie Baratou depuis quinze ans.
Responsable de la bibliothèque installée au sein du centre gérontologique, cette Marseillaise de 54 ans veille sur un lieu à part dans le réseau des bibliothèques de la Ville.
“Notre bibliothèque de Serre-Cavalier est assez unique. Elle est née d’une convention entre le CHU de Nîmes et la Ville en 1999. Nous nous adressons autant aux résidents du centre qu’à leurs familles, au personnel et à tous les Nîmois, notamment les riverains du quartier. C’est un véritable service public avec cette dimension sociale et ce lien entre les générations.”
Pour les résidents, la bibliothèque représente bien davantage qu’un lieu où emprunter des ouvrages. “C’est une bouffée d’oxygène, un moyen aussi de lutter contre l’isolement.” Cette philosophie se retrouve jusque dans le fonctionnement quotidien du lieu. Ici, aucun automate de prêt. “Les usagers passent obligatoirement par nous. C’est un choix pour favoriser, le lien humain.” Les livres de la bibliothèque peuvent même être apportés directement dans les chambres des résidents par le personnel soignant.