Pourquoi la Ville de Nîmes rend hommage à Jean Jaurès le 31 juillet ?
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Patrimoine
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Hommage
Jean Jaurès, vers 1904. Portrait réalisé par Nadar (Gaspard-Félix Tournachon, 1820-1910, l’un des grands pionniers de la photographie française).
© Collection Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
À l'occasion du 112e anniversaire de l'assassinat de Jean Jaurès, la Ville de Nîmes lui rendra hommage le 31 juillet à Carré d'Art. Cette cérémonie sera aussi l'occasion de dévoiler au public une lettre autographe récemment acquise par la bibliothèque, témoignage précieux des liens qui unissaient le tribun socialiste à Nîmes.
Le vendredi 31 juillet à 18h, la Ville de Nîmes rendra hommage à Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 pour son engagement en faveur de la paix et son opposition à l'entrée de la France dans la Première Guerre mondiale. Cette cérémonie, organisée à Carré d'Art dans le cadre du nouvel agenda mémoriel de la Ville, prendra une dimension particulière grâce à la présentation d'un document inédit.
Le pôle Patrimoine de la bibliothèque de Carré d'Art a en effet acquis, en mai dernier, une lettre autographe* signée de Jean Jaurès. Ce document enrichit le fonds patrimonial municipal et témoigne des liens étroits entretenus par le dirigeant socialiste avec Nîmes.
Écrite sur un papier à en-tête de la Chambre des députés, cette lettre prépare la grande conférence que Jean Jaurès doit prononcer dans les arènes de Nîmes le 12 juillet 1903. Il y évoque notamment l'organisation de ce meeting avec Aristide Briand (1862-1932, homme politique, plusieurs fois président du Conseil et ministre de la Troisième République).
*lettre entièrement écrite par son signataire
La lettre autographe signée de Jean-Jaurès
Cette courte lettre est adressé à Jules Lejeune, secrétaire de rédaction de La Petite République. De 1893 à 1903, ce journal sera notamment dirigé par Alexandre Millerand, Jules Guesde et Jean Jaurès, et jusqu’à la création de L’Humanité, il sera le principal journal des socialistes. Voici ce qu'écrivit Jaurès à son collaborateur :
"Mon cher Lejeune. Je vais en effet faire à Nîmes une conférence avec Briand. Je parlerai "de l'action socialiste". C'est la fédération du Gard qui l'organise. Je n'ai pas d'autre détail. Richard m'avait dit qu'il l'organiserait aux arènes, et il est probable qu'il en a fait ainsi puisqu'il prévoit dix mille personnes. Mais je n'en sais rien. Il conviendrait de lui téléphoner avant d'annoncer que la réunion est aux arènes. On pourrait se borner ce soir à dire en termes généraux que la conférence Jaurès-Briand annoncée pour dimanche s'annonce comme devant être une des plus nombreuses qu'il y ait eues en France. Des militants devant venir de tout le Gard [...]". Les détails seront donnés après la réponse dudit Richard."
Les grands combats qui marquent son engagement
Dans cette lettre, Jean Jaurès prépare donc le grand meeting dans les arènes devant une foule qui sera estimée finalement entre 5 000 et 8 000 personnes. A la tribune, le leader socialiste y développe les grands combats qui marquent son engagement :
- il alerte notamment sur l'instabilité politique et la montée du nationalisme, plaidant pour le rassemblement des républicains et des socialistes,
- au nom de l’idée de progrès, il défend “l’émancipation”, la liberté de conscience, contre de “l’esprit clérical”,
- il rappelle les réformes sociales votées et celles à mener, en particulier pour la solidarité par “la collectivité” se substituant à la “charité confessionnelle”, ainsi qu’un service militaire plus égalitaire, d’une durée de deux ans, qu’il espère être de légitime défense, et non pour le seul profit d’un monarque. La “guerre de peuple à peuple” doit, selon lui, disparaître.
Retranscris par les journaux Le Petit Républicain du Midi ou Le Petit Méridional , sa prise de parole à Nîmes s'achève en proclamant qu’il n’y a “de salut qu’en la République”, celle “des ouvriers, des paysans, et aussi des penseurs, des savants et des artistes” travaillant pour l’amélioration du genre humain, au lieu de “l’exploiter”.
Jean Jaurès et Nîmes : quatre rendez-vous avec l'histoire
Jean Jaurès entretient des liens réguliers avec le Gard. Il s'y rend à quatre reprises entre 1894 et 1912.
- Novembre 1894 : il parraine la création de la Fédération socialiste du Gard.
- 12 juillet 1903 : il fait donc un grand meeting dans les arènes de Nîmes devant plusieurs milliers de personnes.
- Février 1910 : il séjourne plusieurs jours à Nîmes pour le VIIe congrès de la SFIO, largement consacré à la toute nouvelle loi sur les retraites ouvrières.
- Septembre 1912 : il revient une dernière fois dans les arènes de Nîmes pour un grand meeting politique, deux ans avant son assassinat.
À l'occasion de son grand meeting du 12 juillet 1903, les journalistes de Nîmes-Journal font d'ailleurs preuve d'un humour très local pour annoncer l'événement. A Nîmes, ville évidemment de tradition taurine, où le discours est prévu un dimanche à 17 heures dans les arènes, le quotidien titre en une : “Gran Corrida démocratique - Matador d'alternative : Jean Jaurès”. Une manière originale de présenter celui qui s'apprête à prendre la parole devant plusieurs milliers de personnes.