Musique : le Duo Jatekok revisite Rammstein au théâtre de Nîmes
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Les deux pianistes se lancent le défi osé d’adapter un répertoire métalleux hors norme version classique minimaliste.
©Tina Dubrovsky
Les pianistes nîmoises Adélaïde Panaget et Naïri Badal sont de retour à Nîmes le 10 novembre au Théâtre de Nîmes avec Rammstein on the Beach, une création qui fait dialoguer l’univers du groupe de metal avec la musique minimaliste. Entretien.
Vous présentez Rammstein on the Beach le 10 novembre au Théâtre de Nîmes. Qu’est-ce que ce nouveau spectacle ?
L’aventure avec Rammstein a commencé à Nîmes, en 2017, lorsque nous avons assuré leur première partie aux Arènes. Nous les avons ensuite retrouvés en tournée des stades en 2019, puis en 2022. À cette occasion, nous avons retravaillé leurs morceaux pour deux pianos et créé un disque autour de ces arrangements. Avec Rammstein on the Beach, nous avions envie de nous émanciper du groupe et d’emmener cette musique ailleurs, dans notre propre univers. Nous avons donc imaginé une forme hybride, entre metal et musique minimaliste, notamment avec Philip Glass.
Le spectacle joue beaucoup sur les répétitions, les boucles et les enchaînements d’une pièce à l’autre. L’idée est aussi de casser les barrières entre les univers. Quand on est musicien classique, il existe encore beaucoup de préjugés sur ce que l’on est censé jouer. Mais avant tout, nous sommes musiciennes. Nous avons envie de faire dialoguer les mondes plutôt que de les opposer.
La bande annonce de leur spectacle.
Pourquoi avoir choisi de croiser l’univers de Rammstein avec celui de la musique minimaliste, notamment autour de Philip Glass ?
En jouant au théâtre, nous rencontrons un public différent de celui que nous côtoyons dans les salles classiques. Nous avons aussi découvert le public metal avec Rammstein. Et nous nous sommes rendu compte qu’il existe beaucoup de points communs entre ces univers. Le metal est très friand de virtuosité, de puissance, de performance instrumentale, des choses que l’on retrouve aussi dans la musique classique.
Rammstein a par ailleurs quelque chose de très théâtral, presque opératique. Cela nous a donné envie de créer des passerelles avec notre propre univers, de Bach à Debussy en passant par Rachmaninov, et de montrer ce que ces musiques peuvent avoir en commun.
Le titre Rammstein on the Beach fait aussi référence à Einstein on the Beach de Philip Glass. Nous avons voulu fusionner ces deux mondes et créer une pièce qui puisse réellement exister au piano, et pas simplement transposer les morceaux de Rammstein.
“Casser les barrières entre les univers”
Bio express
- 2007 : Adélaïde Panaget et Naïri Badal créent le Duo Jatekok
- 2011-2013 : Le duo remporte les concours internationaux pour duo de pianos de Rome (2011) puis de Gand (2013)
- 2017 : À Nîmes, les deux pianistes assurent la première partie de deux concerts de Rammstein aux arènes.
- 2019-2022 : Elles assurent les premières parties de la tournée des stades de Rammstein, en Europe et en Amérique du Nord. En 2022, elles sortent chez Universal l'album Duo Jatekok plays Rammstein, consacré à leurs arrangements pour piano.
Votre histoire avec Rammstein a commencé ici, à Nîmes, en 2017, lorsque vous avez assuré la première partie du groupe aux Arènes. Comment vous souvenez-vous de ces deux concerts ?
C’était complètement fou et assez inattendu. Et nous avons découvert ce public “metal” directement, sans vraiment savoir comment il allait nous accueillir. C’était une première expérience assez vertigineuse.
“Notre projet n’est pas de faire l’apologie de Rammstein ni de devenir un « duo Rammstein ». Cette musique est pour nous une passerelle vers d’autres œuvres et notamment vers la musique minimaliste. C’est ce qui nous intéresse.”
Après Nîmes, vous avez accompagné Rammstein sur sa tournée des stades en 2019, avec une trentaine de dates en Europe. Qu’est-ce que cette expérience a changé dans votre manière de jouer et de concevoir vos projets ?
À Nîmes, le choix de mettre deux pianistes classiques en première partie d’un groupe de metal était assez radical. C’était quitte ou double. Certains spectateurs nous ont soutenues et encouragées, d’autres beaucoup moins : ils venaient pour du son, des décibels, et c’était précisément le choix artistique de Rammstein de proposer quelque chose de différent.
Nous avons beaucoup appris de cette expérience. Rammstein nous a aussi demandé de jouer leur musique, et nous avons découvert qu’elle fonctionnait étonnamment bien au piano. Il fallait rester ouvertes, curieuses et trouver notre manière de nous l’approprier.
Tout cela nous a aussi amenées à nous poser beaucoup de questions. À la fin de la tournée de 2022, nous avions suffisamment de recul pour savoir ce que nous voulions garder de cette histoire. Nous avons conservé certains morceaux et assumé cette rencontre, mais notre projet n’est pas de faire l’apologie de Rammstein ni de devenir un « duo Rammstein ». Cette musique est pour nous une passerelle vers d’autres œuvres et notamment vers la musique minimaliste. C’est ce qui nous intéresse.
Leur reprise du titre "Engel" de Rammstein.
Après Rammstein on the Beach, jusqu’où avez-vous envie de pousser encore les frontières entre musique classique, musique contemporaine et musiques actuelles ?
Nous travaillons actuellement autour de la Neuvième Symphonie de Beethoven et de son Ode à la joie, avec cette idée de liberté et de joie. C’est un projet qui nous permet là encore de nous interroger sur la manière de faire dialoguer différentes époques et différents publics.