Arènes de Nîmes : dans les coulisses d'un chantier hors norme

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Publié le 21 juin 2026 Article

Par Julien Ségura


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© Jean-Claude Azria

Une nouvelle phase de restauration s’ouvre sur la façade nord. Les travées 12 à 16 font l’objet d’un traitement en profondeur contre les infiltrations d’eau, cœur d’un chantier engagé depuis 2009.

“Réutiliser et protéger la pierre comme si chaque caillou était un bout d’Histoire qu’il ne fallait pas perdre !” À plusieurs mètres de hauteur, Damien Benedetti intervient sur les blocs de pierre du monument antique le plus célèbre de Nîmes, les arènes. Selon la technique dite du “goujonnage”, ce restaurateur de sculpture et tailleur de pierre chez l’Atelier Jean-Loup Bouvier insère de fines tiges en fibre de verre au cœur des blocs millénaires pour les consolider. Puis, seringue en main, il injecte un coulis de chaux pour combler les fissures. Un travail de précision, presque invisible, mais essentiel. Ici, chaque pierre d’origine est précieuse, chaque fragment conservé participe à la mémoire du monument.

Protéger 

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Damien Benedetti, sculpteur et tailleur de pierre chez l’Atelier Jean-Loup Bouvier.

Depuis janvier, un immense échafaudage recouvre la façade nord, côté Palais de justice. Les travées 12 à 16 sont au centre de cette nouvelle phase. Les travaux ont commencé il y a déjà quelques semaines. Au total, 34 des 60 travées auront été restaurées à la fin de cette étape appelée à durer près d’un an. Des travaux qui intègrent la longue et vaste opération de restauration des arènes lancée en 2009, et qui pourrait s’étendre jusqu’en 2040. “Il s’agit de la plus grande restauration de monument antique de France”, rappelle Pascal Lonchampt, chef de service à la Direction études et projets de la Ville de Nîmes. 

Un projet estimé à près de 60 M€, dont l’objectif principal est clair : protéger les arènes de l’eau. Car l’infiltration est l’ennemi numéro un de la pierre, capable de fragiliser la structure et d’entraîner des désordres majeurs. L’urgence est d’ailleurs connue. “Entre 2023 et 2025, on a dû fermer 85 % des galeries du rez-de-chaussée à cause des infiltrations, avec un risque de chute de pierres”, rappelle Mélanie Buire, cheffe de projet à la Ville, référente du dossier de l’amphithéâtre. Un épisode qui illustre la complexité du chantier : intervenir sans interrompre totalement la vie du monument. Spectacles, concerts ou corridas continuent en effet de faire vivre les arènes, imposant aux équipes une adaptation permanente.

Nébulisation

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Abdel Benmoussa, tailleur de pierre et chef de chantier pour l’entreprise Sele.

Sur le chantier, après le goujonnage et le comblement des fissures, d’autres gestes prennent le relais. Une fine brume enveloppe la pierre : c’est la “nébulisation”, une technique douce qui permet de nettoyer les dépôts noirs liés à la pollution. “Utiliser de l’eau pour protéger la pierre, c’est paradoxal mais ça fonctionne”, sourit Abdel Benmoussa, tailleur de pierre et chef de chantier pour l’entreprise Sele. L’action de l’eau, pulvérisée en microgouttelettes, pénètre les salissures sans abîmer la pierre, avant d’être complétée par l’application de compresses protectrices composées de gel d’agar-agar et de bicarbonate d’ammonium. “C’est comme un pansement”, résume-t-il.

En chiffres 

Les arènes de Nîmes :
133 m de longueur x 101 m de largeur x 21 m de hauteur
2040 Fin des travaux prévus
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Coût global des opérations : 54 000 000 € HT

Découverte historique

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Richard Pellé, archéologue pour l’Inrap

Au fil des interventions, le chantier révèle aussi des pans méconnus de l’Histoire. Les archéologues ont notamment mis au jour les traces d’un amphithéâtre plus ancien, construit environ 75 ans avant celui que l’on connaît aujourd’hui, daté du IIe siècle après J.-C. “Ce premier bâtiment, fait de pierre et de bois, a influencé l’emplacement et la forme des arènes actuelles. Il a ensuite été agrandi et transformé, avec l’ajout de galeries et d’un étage, permettant d’augmenter sa capacité estimée à 15 000 spectateurs à plus de 24 000 spectateurs”, précise Richard Pellé, archéologue de l’Inrap, qui accompagne depuis le début cette restauration dantesque.

Traces médiévales 

La phase de restauration actuelle des travées de 12 à 16 se distingue par une attention particulière portée à toutes les périodes du monument, y compris son héritage médiéval, jusqu’ici moins concerné par les précédents travaux. Entre les XIIe et XIIIe siècles, les arènes de Nîmes abritaient en effet maisons et commerces. Une trace du Moyen Âge qu’on peut apercevoir dans cette zone proche du palais de justice avec les arcades murées, percées de fenêtres romanes. Autant de strates historiques que la restauration actuelle s’attache à préserver, sans privilégier une époque au détriment d’une autre. “On préserve, on protège le monument tel qu’il est”, résume Mélanie Buire. Car, derrière ce chantier titanesque, c’est un équilibre délicat qui se joue : conserver un monument antique tout en lui permettant de rester un lieu vivant. 

La cavea, future étape 

La prochaine grande étape du projet concerne la cavea, la partie intérieure de l’amphithéâtre. Les travaux envisagés à partir de 2028 visent à protéger les maçonneries antiques des infiltrations d’eau grâce à une structure couvrant les parties aujourd’hui mises à nu. Celle-ci remplacera les gradins métalliques actuels, hérités de l’époque de « la bulle » et viendra se lier au Promenoir (galerie de l’étage). Reprenant en partie la forme des gradins, cette couverture gradin répondra aux enjeux de préservation et de valorisation de ce
patrimoine, tout en maintenant son usage premier : l’accueil du public. “On retrouverait ainsi les circulations antiques”, souligne Richard Pellé, de l’Inrap.