"Nîmes ville propre" : un plan pour lutter contre saleté et incivilités

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Collecte, nettoyage, sanctions… Avec le plan Nîmes ville propre, la municipalité lance une série de mesures pour améliorer l’état des espaces publics.


Publié le 03 octobre 2026 Dossier

Par Mathieu Lagouanère


Le 12 mai dernier, au lavoir du Puits-Couchoux . Rencontre “Bonjour Nîmes !”. Frédéric Pouget, président du comité de quartier de la Croix-de-Fer, se lève et prend le micro. “Notre ville, votre ville, elle est formidable, lance-t-il à l’assemblée. Mais elle est dégueulasse !” S’il est un tantinet lapidaire, le constat est partagé par beaucoup, dans ce quartier Gambetta comme dans tous les autres.

Le cadre de vie et l’environnement : c’est en effet, avec la jeunesse, la première préoccupation des habitants qui ont participé à l’opération (17,1 % des interventions sur ces thèmes). Et l’étude menée par la Ville en 2025 sur le "sentiment de propreté", dans le cadre du Plan de lutte contre les déchets abandonnés, ne dit pas le contraire. Sur plus de 700 participants, 62 % estiment que, l’année dernière, la situation s’est même dégradée ou qu’elle ne s’est pas améliorée.

50 000 tonnes de déchets collectés

Face à cet état des lieux, la nouvelle municipalité vient d’annoncer une série de mesures qui vont progressivement entrer en vigueur, dans les mois qui viennent. C’est le plan Nîmes ville propre. “Nous proposons des fonctionnements plus simples pour les habitants, nous mettons en place une répression plus forte, et nous appelons aussi à notre responsabilité collective et individuelle, résume François Séguy, Adjoint à la Propreté et à la Qualité des espaces publics et membre du Bureau communautaire de Nîmes Métropole, délégué à la Collecte des déchets. C’est un véritable plan d’actions à toutes les échelles que nous mettons en oeuvre pour améliorer le cadre de vie de tous les habitants.” La tâche est énorme. Colossale, même. Chaque année, ce sont près de 50 000 tonnes de déchets qui sont collectées dans les rues de Nîmes (dont 7 000 tonnes prises en charge au centre de tri), grâce aux 40 tournées réalisées par les services de l’Agglo, dont certaines, en centre-ville, deux fois par jour. La Ville, elle, en traite aussi 4 000 tonnes de son côté. En charge de la propreté urbaine, elle investit 15 M€ par an pour le nettoyage de ses espaces publics ; plus de 200 agents et près de 100 véhicules, entre la régie et le prestataire Océan, sont mobilisés.

15 M€

c'est le budget annuel consacré à la propreté par la Ville de Nîmes.


40 tournées

pour la collecte des déchets.


"Chacun doit faire sa part"

Pour autant, ça ne fonctionne pas bien. Le non-respect des règles de collecte et les actes d’incivisme progressent. "La ville est notre maison commune, elle doit être propre et la dégradation de l’espace public est intolérable, lance Vincent Bouget, Maire de Nîmes et Président de Nîmes métropole. Nous avons travaillé pour trouver des solutions plus efficaces, très concrètes, du côté de la Ville et de l’Agglo. Ces solutions, nous vous les devons, car c’est notre responsabilité d’être exemplaires. Mais chacun doit faire sa part, et l’engagement doit être celui de toutes et tous. Je vous propose qu’ensemble nous nous engagions pour remporter le pari : Nîmes ville propre."

Des actions à la pelle

Coordination renforcée, simplification des démarches, nouveaux équipements, implication des habitants ou encore répression : les mesures, dans le détail.

Nîmes ville propre, c’est un plan d’actions tous azimuts présenté le 8 septembre, lors de la restitution de l’opération "Bonjour Nîmes !" au Parnasse.

  • Amélioration du fonctionnement entre la Ville (en charge de la propreté urbaine) et l’Agglo (collecte des déchets). La coordination sera renforcée aussi avec les forces de sécurité, et les différents prestataires et partenaires grâce à l’hyperviseur urbain.
  • Mise en place, début 2027, d’une expérimentation “Allô Nîmes propre”, un numéro unique pour signaler les dépôts sauvages et accélérer leur traitement. "Derrière ce numéro, on va créer un nouveau service dédié, avec des agents et deux camions, annonce François Séguy, Adjoint délégué à la Propreté. Un seul interlocuteur, un seul intervenant. En matière de dépôt sauvage, il faut intervenir vite. Le premier déchet attire l’autre."
  • Suppression de la limite de la collecte de deux encombrants à domicile par rendez-vous.
  • Développement du nombre d’abris-bacs pour les ordures ménagères. Une vingtaine sont déjà en place quartier Gambetta : une expérimentation appelée à s’étendre dès cet automne rue Louis-Raoul dans l’Écusson ou encore rue Paulet, puis sur d’autres sites.
  • Reconquête de l’espace public. Du mobilier urbain ou de la végétation seront installés, dès cet automne, sur les sites identifiés comme accueillant fréquemment des dépôts sauvages.
  • Renforcement des contrôles et, quand les auteurs de dépôts sauvages sont identifiés, verbalisation avec des agents assermentés, notamment grâce à une brigade environnement de la police municipale renforcée en effectif. Là aussi, utilisation de l’hyperviseur.
  • Organisation d’une clean walk, opération citoyenne de nettoyage dans toute la ville associant habitants, associations, clubs sportifs, écoles et acteurs économiques le 14 novembre. "Ce sera une
    journée citoyenne pour la propreté", annonce le Maire, Vincent Bouget.
  • Poursuite de la généralisation des corbeilles bi-flux en ville (poubelles de tri sélectif à deux compartiments) : 270 ont déjà été posées, il y en aura 500 à terme, d’ici le début de l’année prochaine, en partenariat avec l’éco-organisme Citeo. 28 nouvelles colonnes d’apport volontaire (pour les emballages et le verre) sont aussi en cours d’installation. Il y en aura, à terme, près de 450 sur le territoire nîmois.

Le proto, ce fléau

Il y a bien sûr et avant tout les risques sanitaires liés à l’usage détourné du protoxyde d’azote. Mais le traitement de ces bouteilles de gaz est lui aussi un fléau : néfastes pour l’environnement, elles explosent sous l’effet de la chaleur des fours d’incinération. Depuis le début de l’année, la Ville en collecte environ 2 000 par mois sur l’espace public, et le coût de traitement par une entreprise spécialisée se chiffre à 8 € par bouteille.

Déchetteries : une nouvelle règle

L’an prochain, l’accès à chacune des 15 déchetteries de l’Agglo (dont les trois de Nîmes) se fera grâce à un système de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (Lapi). Une règle unique qui permettra aux agents sur place de se libérer du contrôle des entrées et de consacrer leur temps à veiller à la qualité du tri. Les inscriptions en ligne ouvriront dès le courant de ce mois d’octobre via nimes-metropole.fr. Il sera bien sûr possible de déclarer plusieurs véhicules par foyer.

“Zéro déchet, c'est l'objectif ”

Questions à… François Séguy, Adjoint à la Propreté et à la Qualité des espaces publics

Les Nîmois le disent : la ville n’est pas propre. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Ils ont raison de le dire, et c’est un constat que nous partageons. Un des facteurs, c’est l’éclatement des responsabilités. Prenons la collecte des déchets, qui relève de l’Agglo. Elle délègue à Suez pour les ordures ménagères et pour le tri, et à la Coved pour les encombrants. Pour purger certains dépôts sauvages, cela demande plusieurs jours et le passage de trois acteurs différents sur place : Ville, Agglo et délégataire. 

Comment les gens peuvent-ils s’y retrouver ?

La propreté urbaine, elle, est une compétence de la Ville. Océan, qui est notre prestataire, intervient sur une bande centrale du territoire, grosso modo l’Écusson et les quartiers populaires. Au nord et au sud, c’est la Ville qui traite, en régie. Mais depuis des années, dans ce domaine comme dans d’autres, les investissements n’ont pas été la hauteur, on n’a pas donné aux agents les moyens d’effectuer correctement leur travail. Aujourd’hui, par exemple, la régie n’a que deux balayeuses, sur huit, qui sont en état de marche !

Comment changer les choses ?

On met tous les acteurs autour de la table, on discute et on avance ensemble sur des solutions. C’est ce que nous avons fait pour concevoir Nîmes ville propre, un plan d’actions à toutes les échelles, avec des ambitions à court, à moyen et à long terme. On va expérimenter, tester, et surtout, on va agir.

Qu’attendez-vous des habitants ?

Nous, on va faire preuve d’exemplarité, mais on sollicite aussi leur engagement. La propreté est l’affaire de tous. On va mener des campagnes d’information et de sensibilisation, en direction des bailleurs, dans les habitats collectifs, les écoles, auprès des particuliers… Chacun peut agir. Si un voisin ne sort pas ses sacs selon les règles de collecte, si quelqu’un dépose un matelas n’importe où, il faut en discuter avec lui.

Le "zéro déchet", est-ce vraiment réaliste ?

C’est l’objectif que l’on se fixe. Quand même, c’est inadmissible de voir ces sacs qui traînent au sol toute la journée ! C’est un enjeu d’attractivité et d’image pour les visiteurs, c’est aussi une question de dignité pour nous tous. C’est notre ville, celle où grandissent et se promènent nos enfants. Il faut se la réapproprier.