Le réalisateur Olivier Marchal à Nîmes : "flic un jour, flic toujours"

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Publié le 22 juillet 2026 Article

Par Julien Ségura


Du dimanche 26 au mercredi 29 juillet, Olivier Marchal est l’invité de la 22e édition du festival Un réalisateur dans la ville. Ancien policier devenu réalisateur, acteur et scénariste, il s’est imposé comme l’une des grandes figures du polar français. Aux Jardins de la Fontaine, il présentera plusieurs de ses films emblématiques, dont 36 Quai des Orfèvres et Les Lyonnais. Entretien.

Vivre Nîmes : Pourquoi avoir accepté l'invitation du festival Un réalisateur dans la ville ?

Olivier Marchal : Cela fait 15 ans que je n’ai pratiquement jamais pris de pause. J’enchaîne les tournages, les projets. Pour une fois, j’avais un peu de temps ; quand on vous appelle pour vous consacrer une semaine entière, c’est forcément très touchant. J’habite Marseille, donc je connais bien la région. Ce qui me plaît surtout, c’est la rencontre avec le public. Je serai accompagné de Gérard Lanvin et de mon chef opérateur Denis Rouden. Ce sera aussi l'occasion de dire merci aux spectateurs qui me suivent depuis toutes ces années. Je tiens également à souligner le rôle de la productrice Fabienne Bichet, qui a fait le lien avec Sophie Rigon (créatrice du festival) et m'a fortement incité à venir. 

Ce festival est gratuit et accessible à tous. Est-ce une formule qui vous séduit particulièrement ?

Bien sûr. Une initiative gratuite, c'est formidable. Il y aura des master class, des rencontres avec les jeunes, et j'aurai l'occasion de raconter mon parcours atypique. Je suis fils d'ouvrier, j'ai été policier avant de devenir acteur, puis réalisateur. Je suis la preuve qu'on peut partir de très loin et réussir à faire ce qu'on aime. Je reste un immense cinéphile. Je regarde encore une dizaine de films par semaine. Si un garçon comme moi y est arrivé, alors beaucoup d'autres peuvent le faire aussi. Transmettre cela est important.

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Tout le programme du festival : Un Réalisateur dans la ville 

“Réunir Daniel Auteuil et Gérard Depardieu face à face, c'était le choc de deux monstres sacrés.” 

Quels films seront projetés et comment les avez-vous choisis ?

36 Quai des OrfèvresLes LyonnaisMR 73 ou Borderline seront projetés. J'ai choisi ces films parce qu'ils correspondent à ce que j’aime appeler l'âge d'or de mon cinéma. Ce sont des aventures humaines extraordinaires dont je garde des souvenirs très heureux. À cette époque, il y avait encore une forme de naïveté, d'insouciance dans les tournages. Par la suite, le cinéma est devenu plus compliqué : moins d'argent, moins de temps, davantage de pression. Certaines mentalités ont aussi changé. 

Plus de vingt ans après 36 Quai des Orfèvres, quel regard portez-vous aujourd'hui sur ce film ?

Un regard très nostalgique. J'en garde un bonheur immense. Réunir Daniel Auteuil et Gérard Depardieu face à face, c'était le choc de deux monstres sacrés. À l'époque, nous avions seize semaines de tournage. Sur Bronx, j'en avais six de moins pour un projet tout aussi lourd à porter. Cela montre à quel point le métier a changé. En fait, j'étais comme un gamin qui vivait son rêve ! C'était une époque magique, presque hollywoodienne pour moi. 

Le polar reste votre terrain de prédilection. Est-il selon vous le meilleur moyen de raconter les évolutions de la société française ?

Oui, parce que le polar parle avant tout des êtres humains. À travers une enquête ou une affaire criminelle, on raconte les failles d'une société, ses injustices, ses fractures, ses peurs. J'ai eu la chance d'observer tout cela de l'intérieur lorsque j'étais policier. Le polar permet de montrer la réalité sans discours ni leçons. Il met les personnages face à leurs contradictions et révèle souvent beaucoup de choses sur l'époque dans laquelle ils vivent.

Bio express

1958. Naissance le 14 novembre à Talence (Gironde).
1980-1991. Inspecteur de police à Versailles puis au sein de la Police judiciaire.
1991. Quitte la police pour se consacrer à sa carrière d'acteur.
2002. Réalise son premier long métrage, Gangsters.
2004. Consécration avec 36 Quai des Orfèvres, nommé à huit César.
2008. Sortie de MR 73
2011. Les Lyonnais attire plus de deux millions de spectateurs en salles.
2009-2016. Création et succès de la série Braquo, récompensée par un International Emmy Award.
2017. Réalise Carbone avec Benoît Magimel et Gringe.
2020. Sortie de Bronx sur Netflix, l'un des films français les plus vus de la plateforme.
2023. Création de la série Pax Massilia pour Netflix.

Vos œuvres parlent souvent d'amitié, de trahison et d'honneur. Pourquoi ces thèmes sont-ils au cœur de votre travail ?

Ils viennent de mes lectures d'adolescent. J'adorais les héros cabossés de la littérature américaine, les magnifiques perdants de Thompson ou Chandler. Mon père était passionné par cette littérature et il m'a transmis ce goût. Ensuite, il y a eu le cinéma noir américain, ScarfaceQuand la ville dort, puis les films de Claude Sautet ou de Bertrand Tavernier qui parlaient de corruption, de loyauté et de morale. Mais il y a surtout mon expérience personnelle. Dans la police, j'ai vu des collègues sombrer, certains se suicider. J'ai vu des hommes abandonnés par leur hiérarchie. J'ai aussi vu à quel point les policiers étaient souvent caricaturés alors qu'il y a infiniment plus de gens honnêtes que de voyous dans ce métier. Ce sentiment d'injustice nourrit beaucoup de mes histoires.

Le métier de policier ne vous manque-t-il pas ?

Non, mais comme on dit : "flic un jour, flic toujours". Je suis l'un des rares dans le milieu du cinéma à défendre ouvertement la police. Beaucoup de mes amis sont toujours policiers. Certains travaillent encore à la BRI. D'autres étaient présents au Bataclan. Je partage leurs douleurs, leurs doutes mais aussi leur fierté. Je reste profondément attaché à ce monde-là.

“Aujourd'hui, le cinéma de genre souffre beaucoup en salles.”

Entre le cinéma, la télévision et les plateformes, comment voyez-vous évoluer la manière de raconter des histoires aujourd'hui ?

Les plateformes peuvent représenter un renouveau. Je prépare d'ailleurs actuellement un long métrage sur la Première Guerre mondiale pour Netflix. Pour Netflix, j'ai d’ailleurs réalisé Bastion 36, toutes les saisons de Pax Massilia, et Bronx a finalement trouvé une seconde vie sur la plateforme avec plus de 120 millions de vues dans le monde. Peu de films policiers français peuvent rêver d'une telle exposition. Aujourd'hui, le cinéma de genre souffre beaucoup en salles. Les financements sont plus compliqués à obtenir. Les plateformes offrent au contraire des budgets importants, davantage de temps et des moyens techniques conséquents. Ce qui manque malgré tout, c'est le partage direct avec le public. Rien ne remplace une salle de cinéma pleine et les émotions que l'on ressent collectivement.

Quel message aimeriez-vous transmettre au public nîmois ?

D'abord, dire “merci”. J'aimerais que le public passe un bon moment, qu'ils retrouvent le cinéma populaire que j'aime tant. J'ai grandi avec Belmondo, Ventura, Rochefort, Noiret, Sautet ou Lautner. Aujourd'hui, le cinéma souffre parfois d'une image un peu éloignée du public, portée par des gens qui donnent parfois l'impression de se placer au-dessus des autres. Moi, je défends un cinéma populaire au sens noble du terme. Le cinéma d'auteur peut être populaire lui aussi.