Jardins ouvriers de Nîmes : un air de campagne en ville

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Derrière l’ancien collège Bigot, 305 parcelles cultivées forment un îlot de verdure insoupçonné. Ici, les jardiniers cultivent aussi bien les fruits et les légumes que l’entraide.


Publié le 05 novembre 2026 Dossier

Par Julien Ségura


Vers la route d’Arles, les Jardins ouvriers de Nîmes s’étendent à l’abri des regards. 305 parcelles, de 200 m2 en moyenne chacune, accueillent chaque jour des jardiniers amateurs qui y cultivent leurs fruits et leurs légumes. Six hectares carrés de verdure, à l’entrée de la ville, que l’on distingue à peine depuis l’avenue Pierre-Mendès-France.

Coin de nature

Ici, derrière les petits portails et les haies, les choux côtoient les courges, les salades et les artichauts tandis que les vignes grimpent sur les treillis et les cabanons bricolés. Après les pluies abondantes de ces dernières semaines, la terre est assez humide et la végétation semble avoir de nouveau pris ses aises après un été rude. 

“Quand on arrive ici, on oublie presque qu’on est en ville, apprécie Alain Lloria, 68 ans. Ces jardins ouvriers, c’est un peu l’équivalent des mazets dans la garrigue. Les gens des plaines y cherchent un coin de nature.” Cet ancien technicien agricole est adhérent des Jardins ouvriers depuis près de 25 ans. L’association compte également 245 parcelles, réparties sur 9 ha, du côté du Mas de Cheylon. Comme lui, presque 600 Nîmois, répartis sur les deux sites, viennent bêcher, planter et cueillir leurs produits. “Les personnes remplissent un dossier, ensuite, si un jardin se libère, il y a une liste d’attente ; il faut patienter entre trois mois et plus d’un an, détaille Mohamed Ramzi, président des Jardins ouvriers de Nîmes, plus de 40 ans de jardinage au compteur. J’ai commencé avec mon père, j’avais 13 ans environ !” La cotisation est de 190 € par an.

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Mohamed Ramzi, 53 ans, président de l’association des Jardins ouvriers de Nîmes.

Petit village

Les parcelles ne sont pas seulement des espaces où poussent les légumes. Elles sont aussi des lieux de rencontre. Un voisin vient demander un conseil, un autre prête une bêche. “On échange des graines, des plants, et surtout des savoir-faire, raconte Georges Mosettich, 66 ans, ancien magasinier automobile. Les générations se croisent dans les allées. C’est un petit village, finalement ! Moi, j’ai commencé pour avoir un brin de jardin avec mes enfants. Maintenant je reçois mes petits-enfants.” Le jardin crée ainsi une forme de solidarité très concrète. “On essaie de préserver cet esprit de solidarité et de faire vivre le lien social, et ce n’est pas toujours évident, confient Maguy, 69 ans, et Hervé Liotard, 68 ans, qui cultivent leur parcelle depuis sept ans. Nous, nous aimons que les gens évitent de mettre des brise vue autour de leur parcelle... L’idée, c’est de pouvoir continuer à se voir et à se dire bonjour.”

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Maguy Liotard, 69 ans, s’occupe de ses salades et enlève à la main les chenilles "pour une agriculture 100% bio".

120 ans d’histoire

Les jardins ouvriers se développent au début du XXe siècle à Nîmes, à l’initiative du commerçant Théophile Tholozan. Inspiré notamment par l’action de l’abbé Jules-Auguste Lemire (1853-1928), pionnier du dispositif en France, il souhaite mettre des parcelles de terre à la disposition des familles et des travailleurs pour leur permettre de cultiver leurs propres légumes. Pendant près de dix ans, il porte presque seul cette initiative et loue différents terrains à cet effet. Peu à peu, il rassemble autour de lui un groupe d’amis partageant la même ambition. L’association des Jardins ouvriers de Nîmes voit officiellement le jour le 5 février 1919. Au fil des décennies, ces parcelles ont aussi contribué à nourrir les familles, notamment les plus modestes, en particulier durant les périodes de guerre et de pénurie. “Ces jardins avaient pour vocation l’amélioration de la condition des familles ouvrières tant d’un point de vue alimentaire que social, finalement”, explique Mohamed Ramzi.

Jardins solidaires

Plus d’un siècle plus tard, l’esprit demeure. Le jardin nourrit toujours et il nourrit aussi le lien social. D’ailleurs, l’association loue également 12 parcelles au jardin partagé Côtés jardin solidaires de l’association Samuel-Vincent. Un lieu qui favorise la réinsertion sociale et professionnelle, tout en sensibilisant à la nature. L’association y accueille des enfants des écoles, mais aussi des groupes issus d’associations de quartier, notamment des quartiers prioritaires de la Ville. “Tous les mardis midi, nous organisons également une table d’hôtes autour d’un déjeuner composé, bien sûr, de nos propres produits”, explique Vincent Py, encadrant technique de l’association. Derrière les grilles, la ville continue de vivre. Mais ici, le temps semble prendre un autre rythme. Celui des saisons, des récoltes et des rencontres.

Et aussi 

À Nîmes, près d’une dizaine d’autres jardins partagés contribuent à faire pousser la convivialité et la solidarité. 
En voici une liste non exhaustive. 

  • Le Jardin du cheminot de Nîmes (Chemin du Pont-des-Isles)
  • Association les Amis de Michel (218, chemin du Mas-de-Cheylon)
  • Association Hortuli (4, rue Daumier)
  • Association des Jardins familiaux Carrière de la Planque (2690, chemin du Mas Mayan)
  • Association les Poumons verts (8, rue de la Carrière Romaine)
  • Association Paseo (5, impasse Messager)

En savoir plus

Inscriptions et informations : 
Jardins ouvriers de Nîmes, 206, avenue Pierre-Mendès-France. Tél. 06 26 95 53 11