Galerie de portraits : ils sont agriculteurs à Nîmes

  • Environnement

  • Nîmois c’est vous


Publié le 04 novembre 2026 Article

Par Mathieu Lagouanère


Image

Isabel Gassier, vigneronne de la 5e génération au Château de Nages, dont la cave historique est à Nîmes.

Ni vraiment ruraux, ni tout à fait urbains. Elle et ils sont paysans sur le territoire de la commune de Nîmes. Rencontres.

Alexandre et Matthieu Bameule : en leur cœur la grenade

Le Vistre de la Fontaine borde les longues allées (500 m !) d’arbres. Les 10 000 grenadiers des frères Bameule sont on ne peut plus de Nîmes : ils s’épanouissent grâce à l’eau de sa source sacrée ! “Et juste de l’autre côté de la route, c’est Caissargues, montre Matthieu, l’aîné. Notre exploitation (13,5 ha, NDLR) est à la fois un îlot de verdure et un refuge pour la biodiversité, entre les deux villes.”

Une proximité qui entraîne un désagrément : attiré par le rouge brillant des fruits, il n’est pas rare que, avec la fin de l’été, un malappris enjambe barrière ou grillage pour aller se servir. “C’est pour ça qu’on organise des journées de cueillette avec le public, poursuit le grenadiculteur. Pour provoquer les rencontres et expliquer que ce qu’on fait ici, c’est notre activité professionnelle.”

Petit-fils de viticulteur, les deux frangins ont effectué leur retour à la terre, après une carrière dans le tertiaire, en plantant d’abord des amandiers en 2016, puis, à partir de 2020, des grenadiers. Non, ils n’ont pas dégoupillé. “La grenade n’est pas un fruit exotique, elle pousse depuis 4 000 ans sur tout le bassin méditerranéen, rappelle Alexandre. Il existe d’ailleurs une variété endémique, qui s’appelle la provence. Et puis c’est un super fruit, qui contient des polyphénols antioxydants, qui a une belle teneur en vitamine C.” Pour le défendre et le faire mieux connaître, les Bameule ont cofondé le syndicat France grenade, qui réunit une centaine d’adhérents dans le Sud et représente la moitié de la production hexagonale.

Leur production à eux, une centaine de tonnes annuelle sur des arbres presque à maturité et labellisés AB, se vend essentiellement en liquide. En un pur jus, fruit de leurs recherches et d’un assemblage de leurs quatre différentes variétés, ou en une gamme de boissons pétillantes (comme leur diabolo grenade, en vente au Mas des agriculteurs, qui reprend la recette originale de la grenadine). Les peaux, elles, partent dans la filière cosmétique.

Plus d'infos : bionik.bio

Dimitri Servière : le berger de Nîmes suit son étoile

Du domaine de Vallongue à Nîmes au lac des Pises, sur les pentes de l’Aigoual. Cinq bonnes journées de marche, par les pistes et les drailles. Une (sacrée) balade que Dimitri Servière a accomplie pour la 30e fois cette année à l’approche de l’été, avec ses 420 brebis fraîchement tondues aux ciseaux, ornées de pompons et de grosses cloches au cou. “La transhumance, c’est un moment important”, souligne le berger nîmois, 45 ans, pas du genre à transiger avec la tradition.

Pour ses 8 ans, à des parents pas issus du monde agricole, il demandait une chèvre plutôt qu’une console. “J’ai toujours été attiré par les animaux, explique ce défenseur de la race cévenole raïole, en voie de disparition. Dès que j’ai eu l’âge légal, à 21 ans, je me suis installé avec 120 brebis en louant des terres à Caveirac, et en montant une bergerie précaire. J’aime tout dans ce métier : travailler seul et être dehors, avec mes bêtes.”

En 2009, Nîmes Métropole rachète Vallongue, près du Clos Gaillard, et cherche un troupeau et son gardien comme locataires pour entretenir les 300 ha de Garrigue du site. Dimitri est choisi. “Être à 6 km du centre-ville, c’est un atout pour vendre mes agneaux, c’est sûr. Mais les désagréments sont de plus en plus nombreux : chiens pas tenus en laisse, incivilités, dépôts sauvages…”

Isabel Gassier : “conserver nos terres agricoles, c'est une responsabilité”

C’est l’un des domaines étendards de l’AOP Costières de Nîmes. L’un des très rares qui possèdent des vignes sur le territoire de la commune dont l’appellation porte le nom : une quinzaine d’hectares de plantations anciennes, qui produisent les cuvées haut de gamme maison. C’est, enfin, le seul accessible en trambus depuis le centre-ville. “Cette proximité est une chance, elle nous permet d’accueillir plus de monde, d’organiser des événements tout au long de l’année, se félicite Isabel Gassier, vigneronne de la 5e génération au Château de Nages, à Caissargues (même si la cave historique, elle, est à Nîmes). Mais c’est aussi une responsabilité. On a vu se rapprocher la ville, sortir de terre Cap Costières, Carré sud… Conserver nos terres agricoles, c’est un enjeu de biodiversité, c’est aussi participer à la sauvegarde et à la beauté des paysages.”

La jeune trentenaire, diplômée en Suisse, formée notamment dans les rangs de Châteauneuf-du- Pape, a rejoint son père Michel à la tête de l’exploitation après cinq années passées en Californie auprès de Phil Coturri, pionnier américain de la viticulture biologique et régénérative (le Château de Nages, en bio depuis près de 20 ans, est devenu la première exploitation viticole française certifiée en agriculture régénérative).

“Aujourd’hui, je fais la chose qui me passionne, au contact de la nature, sans être coupée du monde, apprécie Isabel. Nîmes est à la fois un carrefour et une ville vivante, je peux aller au resto ou à un concert dans la soirée et être dans les vignes le lendemain à 6 heures. C’est génial de pouvoir jouer sur les deux tableaux.”

Plus d'infos : famillegassier.fr. Château de Nages, chemin des Canaux à Caissargues

Marc et Rémi Bastide : aujourd'hui, le fils veille au grain

Marc et Rémi Bastide : aujourd'hui, le fils veille au grain

Il a repris le mas et les terres familiales en 1985, à la suite de son grand-père. Une autre époque. “Quand je me suis installé, j’avais une terre là où se trouve le stade des Costières, raconte Marc Bastide. On allait moissonner à la Ville active, Carré sud n’existait pas... ” En 40 ans d’activité, le frais retraité (depuis cet été) a subi 12 expropriations ! La première, c’était pour la construction de l’A54. “Aujourd’hui, heureusement, cette pression foncière s’est calmée.” 

Et aujourd’hui, c’est son fils Rémi, 35 ans, qui dirige Nim’grain, exploitation de 160 ha (près de 400 tonnes annuelles en HVE, Haute qualité environnementale) de grandes cultures, céréales, oléagineux, protéagineux ou légumineuses autour du mas Petit, route de Générac, où vivent les deux familles. Loin de tout voisin, mais juste aux portes de Nîmes. "L’avantage, c’est d’avoir un magasin de vente directe proche et visible pour les gens , indique-t-il. Mais la contrepartie, ce sont les incivilités, rodéos ou dépôts sauvages dont nous sommes victimes…"

En 2019, au moment de l’avènement du Mas des agriculteurs ("notre vitrine et notre moteur"), père et fils avaient choisi de ne plus produire pour la seule alimentation animale mais aussi, en achetant un premier moulin à farine, de mieux valoriser leurs productions. Deux autres moulins et deux machines à pâtes plus tard, Nim’grain transforme sur place 60 % des céréales produites et s’offre de belles perspectives.

“Les agriculteurs modèlent le paysage et préservent la nature, souligne Marc Bastide. Mais, pour survivre, ils doivent sans cesse savoir s’adapter.”

Plus d'infos : nimgrain.fr. Vente directe au magasin (farines, pâtes, légumes secs, etc.), 1 742, route de Générac, mardi, mercredi et vendredi de 8h à midi et de 14h à 18h, samedi de 8h à midi.