Expo à Nîmes : éternel André Chamson

  • Culture

  • Exposition


Publié le 14 avril 2026 Article

Par Julien Ségura


Image

André Chamson

Du 14 avril au 11 juillet, la Bibliothèque Carré d'art à Nîmes consacre une exposition à l’enfant du pays et figure majeure du XXe siècle. Portrait. 

A la galerie de l’atrium de Carré d’art, l’exposition baptisée “Quels hommes sommes-nous devenus ? André Chamson, itinéraire d’un humaniste au XXe siècle” retrace le parcours de l’écrivain et intellectuel nîmois. Manuscrits, correspondances et photographies issus d’un riche fonds confié à la bibliothèque permettent de redécouvrir une figure aujourd’hui trop souvent oubliée.

L’héritage des Camisards

André Chamson naît à Nîmes le 6 juin 1900. Son enfance se partage entre la ville et les Cévennes, dont la mémoire protestante marque profondément son imaginaire. Il grandit dans l’héritage des Camisards, nourri par une idée exigeante de la liberté. Toute sa vie, il revendiquera cet enracinement. “Il faut être enraciné pour embrasser la terre entière”, disait-il, résumant ce lien intime entre le Gard et l’universel.

Brillant élève, il poursuit ses études à Paris et intègre l’École des chartes, devenant archiviste-paléographe. Très vite, il entre dans la vie littéraire. En 1925, paraît Roux le bandit, roman audacieux qui interroge les consciences après la Grande Guerre. Le livre inaugure une trilogie cévenole poursuivie avec Les Hommes de la route et Le Crime des justes. Cette première oeuvre révèle un écrivain attentif à la conscience humaine et au poids de l’Histoire. 

“Tout à la fois archiviste devenu le directeur des Archives de France, résistant aux côtés des Républicains espagnols, puis face à l’Occupation nazie avec André Malraux, écrivain, membre de l’Académie Française… La vie d’André Chamson est une vie d’exception que nous sommes très fiers de vous présenter.”

Vincent Bouget Maire de Nîmes

Vernissage ce mardi 14 avril à 18h

  • Exposition à voir du 14 avril au 11 juillet (du mardi au samedi de 10h à 18h).
  • Deux grandes journées sont consacrées à l’exposition avec conférences, rencontres avec des spécialistes et projections, le vendredi 24 avril de 10h à 17h et le samedi 25 avril de 10h à 17h.

Résistance 

Dans les années 1930, Chamson devient l’une des voix intellectuelles de son temps. Ami de Jean Guéhenno et proche de nombreux écrivains, il participe à la création du journal Vendredi, tribune engagée du Front populaire. Mais l’Histoire le rattrape. Lorsque la guerre éclate, il s’engage comme officier. Durant l’Occupation, il participe à la sauvegarde des chefs-d'œuvre du Louvre et rejoint en 1944 la brigade Alsace-Lorraine aux côtés d’André Malraux.

L’expérience du conflit marque profondément son oeuvre. Dans Écrit en 1940, il note : “J’écris pour le jour de la liberté. J’écris pour conjurer les maléfices de la défaite.” Cette conviction irrigue également ses grands romans de maturité : Le Puits des miracles (1945), La Neige et la Fleur (1951), ou encore La Superbe (1967), vaste fresque sur les protestants condamnés aux galères. 

Après la guerre, Chamson mène plusieurs vies à la fois : écrivain reconnu, conservateur du musée du Petit Palais à Paris, puis directeur général des Archives de France. En 1956, il est élu à l’Académie française. Cette carrière brillante ne l’éloigne jamais de ses racines gardoises. Les Cévennes, la mémoire protestante et la quête de dignité humaine restent le cœur de son inspiration.

Image

André Chamson fut élu à l’Académie française le 17 mai 1956.

Le fonds « Chamson »

En 2021, de la part de Frédérique Hébrard, la fille de Chamson, puis, en 2024, grâce aux petits-enfants de l’écrivain, la bibliothèque Carré d’art de Nîmes a reçu un don exceptionnel : des dizaines de cartons, des milliers de documents déjà en partie classés, des manuscrits, des lettres, des photographies, des dessins… Près de 150 boîtes ont fait l’objet d’un classement sur le Catalogue collectif de France porté par la Bibliothèque nationale de France. Ces trésors sont aujourd’hui conservés dans la ville natale de l’écrivain. Ils rejoignent la ‘réserve précieuse" de l’une des 54 bibliothèques municipales classées en France. Et ils seront valorisés lors de l’exposition et du colloque Chamson, et par la publication d’un livre cofinancé par le ministère de la Culture et les éditions Alcide. L’historien Pascal Ory de l’Académie française a rédigé la préface de ce catalogue “André Chamson. Résister !”.

Fidélité à la liberté

Ce mélange d’engagement et de sens moral frappe ses contemporains. L’académicien René de Obaldia évoque « un écrivain, haut fonctionnaire mais aussi résistant, qui touche par sa profonde humanité ». Sa fille, l’écrivaine Frédérique Hébrard, rappelait quant à elle l’homme derrière l’académicien : “Mon père portait en lui l’âme des Cévennes : une obstination tranquille, une fidélité à la liberté.”

André Chamson meurt en 1983. Il repose avec son épouse Lucie Mazauric (dite Lélette) sur le col de la Lusette, près du pic de Barette qui domine la vallée de Taleyrac, sur la commune de Valleraugue.

Image

L’écrivain repose avec son épouse Lucie Mazauric (dite Lélette) au col de la Lusette, à Valleraugue.